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Cinéma de Chexbres - Documentations

Le site du Cinéma de Chexbres

 

NOUVEAU !

Le Cinéma de Chexbres possède son propre site:

www.cinechexbres.ch

Vous y trouverez rassemblés en un seul endroit le programme, les bandes annonces, les documentations, une page "pratique",
une page "historique", des images et des photos.
 
 
Bonne visite !
 
 

Vendredi 6 et samedi 7 novembre 2009 à 20h30

 
 
COCO AVANT CHANEL
de Anne Fontaine
(France 2008)    1h50    vf     7 (14) ans

   
avec Audrey Tautou, Benoît Poelvoorde, Alessandro Nivola, Marie Gillain, Emmanuelle Devos…
 
Le succès du film La Môme sur Edith Piaf a assuré la fortune française du néologisme hollywoodien biopic, film biographique. Et quand on a su qu'Audrey Tautou incarnerait Gabrielle Chanel sous la direction d'Anne Fontaine, le destin de Coco avant Chanel a semblé scellé : il serait à la couturière ce que le film d'Olivier Dahan fut à la chanteuse, une hagiographie teintée de lucidité.

Quelle surprise, et quel soulagement, de découvrir un thriller sentimental qui met aux prises une jeune femme tenaillée par l'ambition, un débauché moins endurci qu'il ne le croit et un bellâtre dans un affrontement ambigu et étourdissant. Les connaisseurs de la vie de Coco Chanel jugeront de la pertinence biographique du scénario (dû à la réalisatrice Anne Fontaine et à son homonyme Camille Fontaine) qui couvre une période assez brève allant jusqu'en 1919 (la Grande Guerre étant par ailleurs tout à fait éludée). Les autres se laisseront aller aux attraits d'un récit énergique qui s'abîme avec délices dans les eaux troubles de la Belle Epoque.

Après un prologue à l'orphelinat, Gabrielle Chanel apparaît sous les traits d'Audrey Tautou. Tout de suite apparaît la silhouette vulnérable mais indestructible d'une très jeune femme résolue à échapper à l'existence étriquée de petite main dans la couture, à Moulins (Allier). Sa sœur Adrienne (Marie Gillain) a déjà choisi sa voie : elle sera la maîtresse, et peut-être l'épouse, d'un homme fortuné. Gabrielle répugne à emprunter ce chemin mais s'y résout après avoir rencontré Balsan (Benoît Poelvoorde), un officier de passage à Moulins pour sa période de réserve. Il l'abandonne à sa boutique de mode, elle décide bientôt de le rejoindre en son château de Compiègne.

C'est dans l'idylle entre ces deux êtres que tout sépare que l'on trouvera le meilleur de Coco avant Chanel. Anne Fontaine affiche depuis longtemps un goût certain pour les amours destinées à la contrariété. Entre ses mains mettait en scène l'idylle entre une jeune femme un peu naïve et l'homme de Namur qui incarnait alors un serial killer.

Benoît Poelvoorde propose une espèce de variation sur ce personnage de Barbe-Bleue. Cette fois, c'est un roué qui vit dans la terreur du travail et l'amour des chevaux, et n'attire les filles dans son château que pour les séduire. Tout l'art de l'acteur est de prêter à ce personnage sans valeur assez de cœur pour concevoir un peu d'amour pour la cousette. Il faut encore, pour y croire, que l'objet de cet amour sorte des images figées de l'histoire de la haute couture.

Audrey Tautou traîne depuis bientôt une décennie le regard écarquillé et l'universelle compassion d'Amélie Poulain. Ce n'est pas la première fois qu'elle jette cet habit aux orties (voir Dirty Pretty Things, de Stephen Frears, ou la cocotte délurée de Hors de prix). Gabrielle Chanel aura pour première utilité de reléguer Amélie au musée. L'actrice n'élude aucun des travers de son modèle : l'ambition forcenée, la mythomanie, l'absence de scrupules. Elle ne renonce pas pour autant à la sympathie du public, jouant d'un charme à rebours des lieux communs de la séduction.

Tant que Coco avant Chanel dépeint le duel amoureux entre la future couturière et Balsan, le film est parcouru d'une vigueur hors du commun pour un film en costume. Mais il faut bien s'en tenir aux grands événements de la vie du modèle, et faire place à Boy Capel. Industriel anglais, seul grand amour de Chanel, nous disent les biographes autorisés, il sort la jeune femme de son face-à-face claustrophobe avec Balsan, finançant les débuts de son atelier. Capel prend ici les traits réguliers du jeune acteur américain Alessandro Nivola. Son apparition coïncide (en fait, ce n'est pas une coïncidence) avec une sérieuse chute de tension.

Coco avant Chanel devient un moment ce que l'on redoutait qu'il fût, la relation chronologique de la vie d'un grand personnage. Peut-être tout bêtement parce que Nivola ne joue pas dans sa langue natale. En tout cas, malgré le brio de certaines séquences situées à la fin du film (la promenade sur la plage de Deauville par exemple), le film ne retrouve pas tout à fait son allant.

On se console parce qu'Emmanuelle Devos a, juste à ce moment-là, l'une des jolies scènes comiques que le scénario lui a réservées. Elle joue une actrice au talent limité qui vit surtout de la générosité d'étrangers qui ne le restent pas longtemps. L'interprète d'élection d'Arnaud Desplechin prend un plaisir si grand à jouer une mauvaise comédienne qu'il se communique instantanément.


Thomas Sotinel - Le Monde - 21.04.09
































Mardi 3 et mercredi 4 novembre 2009 à 20h30

 

SON OF RAMBOW (Le fils de Rambow)
de Garth Jennings

« Prix du public » au Festival de Locarno 2008

(G.-B. 2007)    1h36    vo st    10 (14) ans

Avec : Bill Milner, Will Poulter, Jules Sitruk

Prenant place en Grande-Bretagne dans les années 80, ce film sur le passage de l'enfance à l'âge adulte narre les aventures de Will, fils aîné d'une famille très religieuse qui lui interdit musique, télévision ainsi que de fréquenter avec les autres enfants. Mais lorsque Lee Carter, terreur de l'école et réalisateur de films amateurs bizarres, lui présente une copie pirate du long métrage de Sylvester Stallone, le monde de Will s'ouvre soudainement. Il accepte alors avec enthousiasme de jouer les cascadeurs sous la direction de Lee en cachette de ses parents. Au cours du tournage et de ses aléas rocambolesques, une véritable amitié naît entre les deux garçons qui leur indiquera la voie pour entrer doucement dans le monde des adultes.
***
Au risque de paraître nostalgique, on se rappellera affectueusement notre enfance pendant les années 80, dans le temps où les gamins pouvaient regarder des films ultraviolets, puis passer d'innombrables heures à jouer à la guerre en se prenant pour Rambo. C'était bruyant, salissant et parfois casse-cou, mais surtout tellement amusant !

Son of Rambow est en quelque sorte une capsule temporelle de cette époque. Peut-être pour faire un parallèle avec les enfants surprotégés d'aujourd'hui, le protagoniste du film, Will (Bill Milner), est issu d'une famille faisant partie de la communauté religieuse des Plymouth Brethren, qui lui interdit de regarder la télévision, d'aller au cinéma et d'écouter de la musique populaire. Aussi improbable que touchante, l'amitié qu'il développera avec Lee (Will Poulter), un camarade de classe délinquant, l'exposera à toutes ces "mauvaises" influences.

L'élément déclencheur de l'émancipation de Will sera le visionnement d'une copie piratée de First Blood, qui inspirera Lee et lui à tourner une vidéo amateur s'inspirant des aventures du soldat dur à cuire interprété par Sylvester Stallone. Ceci s'apparente un peu à Be Kind Rewind, mais en beaucoup plus senti. Contrairement au film de Michel Gondry, qui semblait faire l'apologie du cinéma bâclé, la démarche des jeunes héros de Son of Rambow, aussi naïve et maladroite soit-elle, est indéniablement sincère et pleine de créativité.

S'inspirant de sa propre enfance marquée par les films de gros bras et l'avènement de la vidéo, le scénariste et réalisateur Garth Jennings (The Hitchhiker's Guide to the Galaxy) s'est aussi amusé en donnant un aspect fantaisiste au récit. Sans pousser la stylisation aussi loin que dans Rushmore, par exemple, l'influence de Wes Anderson se fait tout de même parfois sentir, particulièrement lors des scènes impliquant Didier, un étudiant français en échange incarné par Jules Sitruk, le môme dans Monsieur Batignole et Moi César, méconnaissable en adolescent looké comme un chanteur new wave androgyne!

En fin de parcours, Jennings semble ne plus trop savoir comment conclure le film et se rabat sur un excès de sentimentalité. Malgré tout, Son of Rambow demeure un regard rafraîchissant sur l'enfance, une période de la vie qui n'est pas toujours aussi proprette que dans les films de Walt Disney.    
Kevin Laforest -  www.voir.ca -15 mai 2008